Texte de Pascal Vallet : "Sur les enseignants-chercheurs"

Sur les enseignants-chercheurs

On n’insiste pas suffisamment sur le caractère protecteur du statut actuel des enseignants chercheurs Maitres de Conférences et Professeurs. Ce statut leur octroi une liberté de parole, de penser, qui toutes proportions gardées n'a pas beaucoup d'équivalence et les apparente en quelque-sorte aux juges indépendants ou aux élus qui bénéficient de l'immunité parlementaire. Bref, le statut des enseignants chercheurs est aussi la garantie d'un contre-pouvoir intellectuel et scientifique. Evidemment, cette liberté s'exerce le plus souvent de manière très localisée, sur site en quelque-sorte, mais elle pourrait tout aussi bien, même si la place est actuellement vacante, s'exercer à un niveau plus général, national, en prenant la forme de discours contestataires argumentés. Bref, notre statut actuel rend aujourd'hui possible l'intellectuel/scientifique contestataire mandaté par la société ! Ce qui va disparaître c'est cette possibilité de parole libre. A un niveau plus local et tout particulièrement depuis que la LRU est mise en œuvre, notre poids d'enseignant-chercheurs fonctionnaires d'état (au service non modulable) permet que nous nous opposions encore un peu, aux décisions de conseils où sont entrées les entreprises. Concrètement et par exemple, un Maitre de Conférences peut encore s'opposer à la mise en place d'enseignements qui seraient localisés en fonction des besoins des entreprises du bassin. Bref, ce statut qui le protège, protège aussi les étudiants dont il a la charge de la formation. Enfin, ce statut garantie aussi la liberté du chercheur au sein des équipes de recherche et des départements où il se trouverait en minorité intellectuelle.

L'ensemble des enseignants-chercheurs (intellectuels/scientifiques) ont donc intérêt à refuser la transformation de ce statut qui les protège individuellement, qui protège les étudiants et les enseignements et qui protège aussi, en tant que contre-pouvoir possible, le corps social dans son ensemble. Cette vision est bien sûr idéale car ce que statut d'enseignant-chercheur offre de possibilités n'est pas exploité/utilisé à fond mais le nouveau décret brisera ce qui reste d’autonomie réelle à l'Université et aux universitaires c’est-à-dire aussi aux étudiants.