Texte collectif de défense

Le texte qui suit a été rédigé par le collectif des étudiants grévistes et est adressé à la commission de discipline qui a convoqué, aujourd’hui, neuf d’entre nous.

Avant toute chose, nous tenons à exprimer notre regret de voir que l’Université Jean Monnet s’inscrit dans cette logique de répression des luttes sociales en cours actuellement dans de nombreuses sphères du monde du travail telles que la santé, les services postaux, les instituteurs désobéissants, les électriciens et gaziers pour ne citer qu’eux…


La présence ici de 9 étudiant-e-s ne peut pas être appréhendée sans se replonger un minimum dans les luttes contre la LRU (et les réformes qui accompagnent cette loi) qu’a pu connaître l’Université de Saint Etienne ces derniers mois. Rappeler que cette lutte s’inscrit dans un mouvement national dont l’ampleur et la durée sont sans précédent pourrait paraître fastidieux, mais les discours de la présidence visant à présenter les deux motifs de cette convocation comme des faits sans rapport direct avec cette lutte nécessitent de remettre les choses dans leur contexte.

Car si depuis près de deux ans, et plus particulièrement depuis le mois de janvier, étudiants, enseignants, chercheurs et personnels se mobilisent contre les réformes en cours, c’est parce que la crainte de voir leur université soumise aux intérêts privés et à la logique marchande se concrétise de plus en plus au quotidien. C’est aussi parce qu’ils redoutent, à moyen terme, que l’Université de Saint Etienne ne disparaisse.


Les suppressions de postes et la multiplication des emplois précaires à l’UJM illustrent bien la légitimité de ces craintes. Difficile dès lors de voir se dérouler en grande pompe une fête qui célèbre la création d’une nouvelle maison de l’université, projet dont le coût et le luxe incongru ne peuvent laisser sans réaction. Par ailleurs, le mois précédent avait été marqué par la présence des CRS puis des vigiles à l’intérieur même des locaux. Beaucoup de personnes présentes à cette cérémonie n’y étaient pas étrangères ; doit-on dès lors s’étonner que subsiste une tension relative à ces évènements ? Difficile aussi, de se voir reprocher une occupation illégale des locaux dans le cadre de l’Université Solidaire (initiative apparue durant la grève), dont l’objectif est justement de prendre le contre-pied de cette conception purement économique de l’université et de la défendre comme un lieu où les savoirs se construisent et se diffusent librement par tous et pour tous.


C’est pour ces raisons qu’il est complètement absurde d’évoquer ces deux faits sans les inscrire dans cette contestation. D’une part parce qu’ils n’auraient pas existé sans celle-ci, d’autre part parce qu'on peut penser qu'aucun étudiant ne serait là si ces faits avaient été traités sans tenir compte du moment de grève qui était alors en cours.


D’autres questions liées à ces convocations se posent à nous. Il y avait 300 personnes présentes à la soirée de clôture de l’Université Solidaire. Aujourd’hui, cinq personnes se retrouvent convoquées pour ce motif. On peut légitimement se demander sur quelles bases s’appuient ces convocations. Par ailleurs, nous sommes surpris de voir certains éléments présentés dans les dossiers de procédure n’ayant aucun rapport avec l’accusation…


En ce qui concerne la cérémonie de la pose de la première pierre, les questions sont plus nombreuses encore. Comme pour le cas précédent, comment ces personnes ont-elles été choisies? Qui plus est, qu’est-ce qui interdisait la présence d'étudiants en ces lieux au point que des témoins préfèrent inventer des bousculades et des barrages de vigiles forcés alors que les grévistes présents étaient munis de cartons d’invitation ? A ce propos, nous tenons à attirer votre attention sur la position des témoins : la plupart sont des membres de l’équipe présidentielle et tous sont des personnes s’étant montré particulièrement actifs contre ce mouvement. Qu’est-ce qui se joue à travers ces témoignages ? S’agit-il vraiment d’apporter des preuves ou bien de faire bloc autour du Président ?


Enfin, comment appréhender les propos de Khaled Bouabdallah qui avoue avoir réagi par « émotion » après avoir connu « la honte de sa vie » ? Les personnes aujourd'hui convoquées sont-elles réellement mises en cause parce qu'elles auraient « porté atteinte à l’ordre et au bon fonctionnement de l’université », ou ne serait-ce pas plutôt parce que nous aurions commis une sorte de crime de lèse-majesté envers le président de l’université ? Il nous semble déceler là un amalgame abusif entre l’institution universitaire et la personne du président.


Les rapports entre Khaled Bouabdallah et les grévistes ont été bien souvent conflictuels, mais plusieurs rencontres durant le mois de juin dernier avait tant bien que mal semblé permettre une restauration d’une confiance pourtant bien écornée. Le retrait des poursuites alors engagées avait été obtenu en échange d’une non perturbation des examens de fin d’année, Khaled Bouabdallah précisant en outre qu’il avait le réel souci que ne subsiste pas de trace pouvant compromettre l’avenir des étudiants mobilisés par la grève, qu’il s’agisse de sanctions disciplinaires ou pénales. Propos dont l’hypocrisie éclate aujourd’hui car si du côté des grévistes l’engagement a été tenu, il n’en a pas été de même pour le président de l’université.


Cependant, nous ne sommes pas vraiment surpris par une telle conduite : pendant ces mois de grève, le président et son équipe n’ont cessé de jeter le discrédit sur les grévistes, cherchant à étouffer le mouvement en tenant des propos mensongers, en usant de divers moyens de pressions et d’intimidations, et ce sans jamais réellement se prononcer sur le fond et les raisons de la mobilisation. La mise en place de ce conseil de discipline s’inscrit fatalement dans ce processus d’éradication. Devant un tel constat, il faudrait être un peu naïf pour considérer que ces conseils sont liés à des questions de discipline.

Ces convocations sont éminemment politiques, elles remettent en cause des droits essentiels sur les questions de liberté d’expression et d’opinion. Il faut donc avoir conscience que les décisions que vous prendrez seront nécessairement perçues au travers de ces problématiques là.

Le texte qui suit a été rédigé par le collectif des étudiants g