Présentation du journal Qui débloque!?

 

PRESENTATION DE... Qui Débloque !?

La question est posée. Est-ce ce fainéant d'étudiant qui a peur pour son avenir ou celui qui se soucis de l'immédiateté de ses échéances (cours, examens, concours...) ? Celui qui réfléchit sur son temps, se pose des questions, tente de réagir face à un quotidien morne, si banal, ou celui qui se laisse guider par quelqu'un qu'il ne connaît pas ? Celui qui tue ou celui qui crève ? Forts de quatre semaines de grève et de blocage d'une petite fac de province, nous sommes bien décidés à, pour une fois, prendre une partie de notre vie en main. Pourquoi une partie seulement ? Parce que nous n'avons pas le choix (pour l'instant ?) de tout contrôler. Une pression immense pèse sur chacun : des loyers, des crédits, des enfants à nourrir, manger soi-même, trouver un travail... réussir des examens en ce qui nous concerne. A la recherche d'une vie un peu meilleure. Et ces quatre semaines de blocage ont été comme une bulle d'air frais. Nous ne faisions rien pour beaucoup. Mais pour ceux qui étaient présent, NOUS PENSIONS VIVRE REELLEMENT. Certes, pas dans une classe de cours en train d'écouter un prof nous raconter des choses que beaucoup auront oubliés d'ici quelques temps. Ni enfermés chez nous à nous lobotomiser avec la télé. Mais nous étions directement maîtres de nos actions. Nous avons rencontrés, échangés, débattus, rigolés, doutés aussi. Mais nous nous sentions bien. Peut-être plus qu'à n'importe quel autre moment. Et là est l'essentiel. Cette expérience a été une richesse d'humanité, si rare de nos jours.Mais nous ne pouvons, nous ne devons, pas nous arrêter maintenant. Trop d'enjeux, trop de choses à dire qui ne l'ont pas été, trop de ras-le-bol. De ne jamais être écouté par un état et des concitoyens muets et individualistes. Ras-le-bol de se laisser bafouer, calomnier par des médias qui ne servent que deux intérêts: le scoop pour faire vendre, et l'état en mentant aux gens. Soyons notre propre expression, notre propre voix, nos propres mots. Et, dans cet acte collectif, faisons ressortir ce qu'il y a de meilleur et parfois de cacher en chacun de nous. A contrario de ce qui peut-être dit, qui dans ce mouvement collectif s'est senti étouffé ? Ceux qui se sont investis, bien au contraire, ont pleinement exprimés leurs personnalités. Nous étions « je » et « nous » en même temps. Si l'humanité se cache quelque part, ce n'est ni dans le « moi » ni dans le « eux » mais dans cette complémentarité.

LE POURQUOI DU COMMENT Le titre de ce journal est bien sur tragico-comique. Tragique car il met en évidence le conflit entre deux mondes: celui de ceux qui se « battent » pour leur avenir, celui de ceux qui s'en fouttent. Comique dans le sens où il fait un clin d'oeil non-négligeable à ce qui a été un de nos sujets de conversation préféré (faudrait-il dire imposé par ces anti-bloqueurs ?) durant près d'un mois : le blocage de notre magnifique fac. Plus sérieusement, ce titre pose des questions des plus sérieuses: qui a tord ou raison ? Qui est dans le Vrai ou le Faux ? Quelles informations sont bonnes à prendre ? Lesquelles sont à critiquer ? Lesquelles sont à faire connaître ? Car il est certain que nous sommes, à l'heure d'internet et de la « communication » à tout va, loin, bien loin de trouver notre bonheur et les informations essentielles, celles qui touchent notre quotidien. C'est pour cela que nous avons décidés de créer ce journal interactif et participatif (pour reprendre le slogan du Numéro O) et que nous espérons une participation de tous. Mais, bien entendu, il ne saurait être question de laisser la parole, ou alors dans un but uniquement critique, à ceux qui soutiennent des gouvernements fascistes (dans la pratique à défaut de l'être nommément), xénophobes (nous sommes tous humains) ou à ceux qui croient aux bienfaits du libéralisme économique et par extension au capitalisme. Pourquoi ? Car nous sentons tous bien que ces régimes économico politiques n'ont pas pour but le bonheur de tous, mais seulement de certains. Que leur logique et celle du chacun pour soi et que leur intérêt réside dans l'abrutissement du maximum d'entres-nous, pour nous rendre a-critique, sans cerveau (ce qui est un crime contre l'Humanité, non ? Car qu'est ce qui caractérise justement l'humanité si ce n'est le développement d'une conscience ?). Nous ne sommes pas des moutons bien que nous soyons obligés de suivre le troupeau. Tout au plus sommes-nous des brebis galeuses. Mais ne vaut-il pas mieux être une de ces brebis plutôt qu'un simple suiveur ? Etre libre dans nos têtes n'est-ce pas déjà toucher du doigt une part de Liberté ? Qui Débloque !? aura peut-être une courte vie. Il ne contentera certainement pas tout le monde. Il essuyera sans doutes des critiques. Et des limites techniques, humaines, temporelles limiteront et sa diffusion et son développement. Mais qui ne tente rien n'a rien. Et laisser la trace d'une contestation et d'une vision de la société différente de la normale n'est jamais anodin: au contraire, elle montre aux yeux de tous que l'on peut penser différemment, et à partir de là, pourquoi pas, agir différemment. Ou vice versa. Quant aux générations futures, ne leurs laissons pas l'impression que leurs aînés n'ont été que des pigeons qui mangeaient les quelques miettes qu'on leur laissait.

En attendant les suites.

(Avril 2006. Numéro 0 de Qui Débloque !?)