Editorial Qui Débloque numéro 1 (en fait le numéro 2)

 

Candides quotidiens

Mais qu'est-ce qu'on pourrait bien encore avoir à raconter ? Pas grand chose certainement, puisque tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ( possible). On ne fout pas les immigrés – cette main d 'oeuvre – dehors. On ne fout pas des étudiants, lycéens, travailleurs, chômeurs au mitard pour avoir simplement fait leur devoir (de principe) de ''citoyen'', à savoir montrer leurs désaccords avec la politique telle qu'elle est faite dans ce pays (et ailleurs). On ne licencie toujours pas des milliers de travailleurs et on n' en envoie pas des millions d 'autres travailler dans des conditions de merde pour quelques dollars. Le travaille n' en tue toujours pas des centaines d 'autres, n' en mutile pas - aussi bien dans la tête que dans le corps – des milliers. L' avenir est assuré par un système de retraites efficaces. Les emplois proposés sont à la hauteur des espérances. La planète tourne toujours aussi bien et son écosystème, pardon Notre écosystème, se porte à merveille. On n' assassine pas des populations le long des côtes africaines en dégazant un navire. Du Nord au Sud, de l 'Est à l 'Ouest de ce qu' il reste de notre planète, c' est la paix (sociale), l ' harmonie entre les Hommes, les communautés humaines sont épanouies, l ' avenir des Hommes radieux. Il y a bien quelques catastrophes écologiques de temps en temps, ou bien alors Mère Nature se manifeste à nous par de joyeuses vagues. Mais ce n' est pas un problème. Les États, nos États se chargent de notre bien-être. Des caméras nous surveillent nuits et jours. Nos cartes bancaires - pour ceux qui ont de l 'argent - nous assurent un quotidien serein. A l 'occasion, elles peuvent servir à savoir ce que l 'on achète, à qui, quand, où. Internet est une fenêtre ouverte à qui le veut, en a besoin, sur nos vies privées. Avec qui l 'on communique, ce qui nous intéresse dans la vie. A l ' occasion la toile nous scotche devant notre petit écran pendant quelques heures. Tout comme la télé. Au moins, on est calme. La police arrête les méchants, qui ont souvent le malheur d'être des pauvres, toujours avant qu'ils ne commettent un méfait. On peut même être accusé à tord. Dans tous les cas, il n' y a pas de victime. Et les prisons démocratiques sont des exemples de savoir-vivre, où l 'on ne s' entasse pas, où il n' y a pas de brimades, où la gamelle est bonne. Celui qui le veut peut travailler 70 heures par semaines, histoire de penser à sa retraite et à ses désirs de consommation sans se demander si son voisin à faim, à besoin d 'argent pour nourrir ses gosses et payer les factures. C 'est ce qu'on appelle la solidarité nationale. D'ailleurs, personne ne se demande si l 'argent, le salariat, sont les seules façons de vivre. L'état - les États, tous les États – assurent une concurrence minimale entre les économies, les entreprises, les individus. Ils ne servent les intérêts de personne, surtout pas les leurs. Les lois, La Loi, est au dessus de tout soupçons, la Morale est humaine, la politique au service de l 'Homme et l 'économie n' a qu'un intérêt : servir les relations humaines du mieux possible. Alors où est le soucis ?

On ouvre les yeux, et on regarde la réalité.

 

Mad Max